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Seul le médecin blessé peut guérir

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N’êtes-vous pas las de ces médecins, thérapeutes, praticiens, qui, adoptant une posture condescendante, omnipotente, semblent presque étriquer et réduire toute votre vie à l’histoire de votre maladie, à une simple note sur une prescription, à un complexe, un syndrome ou un cas clinique, qui écoutent pour juger et classifier, qui ont laissé la tête diriger le cœur et pour autant, prétendent avoir accès à la capacité de vous soigner, prétendent avoir entendu ce qui se jouait en vous, vos souffrances et ce qui vous affecte ?
Alors que je lisais un livre retraçant la vie de Jung, cette phrase m’éveilla cet article « Seul le médecin blessé peut guérir » et ce, dans la mesure où il s’est guéri lui-même.
Le médecin fait souvent figure de Dieu, ayant droit ou capacité de vie et de mort, distillant sentences et affirmations qui en une seconde et en un mot peuvent ressusciter ou tuer des milliers de cœurs. Combien de vies chaque jour sont suspendues dans l’attente d’entendre le mot « rémission » ou « cancer » ? Et si cette responsabilité est grande, le médecin se doit de réellement incarner Dieu.
Pas un Dieu en haut du ciel jugeant du bien et du mal, mais un Dieu au regard attendri et bienveillant pour toute la création et la créature, au point de n’être plus capable de faire de distinction entre elle et lui. Au point de comprendre que c’est seulement lorsqu’il fait bouger un espace en lui, lorsqu’il accueille la complexité et l’altérité apparente de l’autre en lui, qu’il change les choses. Non quand il pointe un doigt accusateur et débilitant.
La posture du réel guérisseur est celui de la mère ou du père, qui guide sans ôter la liberté de la personne, qui conseille, sans imposer, qui sème, sans attendre, qui guide sans forcer la main, qui écoute, sans discriminer. Qui reconnait que la personne, le patient, cet être humain en face de lui est Dieu dans son mystère. Est la bête blessée. Est la rage de la désespérance. Est l’étau de la peur. Un conflit entre tête et entrailles.
“-Comment as-tu su que tu étais censée être guérisseuse?
-Parce que je tombais amoureuse des gens brisés.
-Alors pourquoi es-tu seule?
-Parce que je suis brisée aussi, alors, je tombe amoureuse de moi-même pour goûter à ma propre médecine. “
~ Kwabena Foli
La maladie et la souffrance est un pont entre tous les hommes, aussi sûrement que la mort. Un médecin n’est un héros ou un sauveur que lorsqu’il cesse de vouloir changer les choses avant d’aimer ce qui est et permettre ainsi l’autre de poser ses armes, ses doutes, ses peurs, ses fausses bravoures pour accueillir la situation dans laquelle il se trouve.
Vous n’êtes pas là pour offrir votre indifférence à la souffrance de l’autre dans une rigidité protocolaire, mais vous n’êtes pas la non plus pour dégouliner de compassion envers la souffrance de l’autre et ce qu’il traverse, tentant de justifier ou de s’apitoyer. Apitoyer quelqu’un n’est rien d’autre que le descendre dans une fosse dans laquelle il pourra se complaire, au lieu de lui révéler la grandeur et la majesté de son âme qui vit cette expérience et pourquoi.
Vous n’êtes pas détendeur de la Vérité parce que vous avez la capacité de poser un diagnostic, la vérité sera réalisée par toutes les choses, depuis toutes les religions, toutes les philosophies, toutes les sciences, tous les arts, toutes les industries. La seule différence est le chemin. Il n’y a aucune différence dans la destination. Et la destination est l’origine.
Les gens ne viennent pas à vous parce qu’ils cherchent une solution. Ils viennent à vous parce qu’ils ont soif. Ils cherchent la Source. Mais vous n’êtes pas leur Source, ils sont la leur. Ils en ont juste oublié le chemin.
Selon l’Ayurvéda, ce qui fait la différence entre un bon, un très bon et un excellent praticien c’est sa grandeur de cœur et ses qualités d’ « improvisation ». Il est évident qu’il faut être multitâche et pouvoir faire preuve d’un savant mélange de psychologie, de sagesse, de diplomatie, de confiance, savoir quand agir avec fermeté et quand ne dire que ce que la personne est prête à entendre. Ces qualités peuvent se regrouper sous ce que l’Ayurvéda entend par Daksha. Le médecin aussi et évidemment doit être au fait de sa science, par théorie et par expérience ( Shastra et Drushtakarma ). Et enfin et surtout, il doit faire preuve de qualités de pureté ( Shuchi ), de cœur et d’intention.
Parce que « Seul le Dieu qui est en vous peut réveiller le Dieu qui est chez les autres. »
Je crois fermement en cela.
-Emmanuelle Soni-Dessaigne

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