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Que penser de la cure du foie (Clark/Moritz) ?

Stars des années 1950 ( environ ), Andrea Moritz et Hulda Clark nous proposaient une recette pour nettoyer le foie, faisant des adaptes à travers le monde et d’autant plus de nos jours où on semble avoir ce besoin constant de se purifier, se détoxifier, se nettoyer, l’extrême inverse orthorexique de l’industrialisation et du fast-food.

L’idée ( en gros ) est de consommer beaucoup de jus de pomme ou de l’acide malique en poudre, et après cela procéder à la cure à proprement parler en ingérant une bonne quantité d’huile d’olive avec du jus de citron ou pamplemousse ainsi que de sulfate de magnésium ou sel d’epsom.

J’en parlerai d’un point de vue Ayurvédique ici selon différents critères que l’Ayurvéda prend en compte avant de prescrire telle ou telle chose. Comme c’est du cas par cas, ce qui est énoncé ci-dessous restera de l’ordre de la généralité, non spécifique, et non exhaustif.

Il y a plusieurs choses à considérer lorsque l’on se lance dans une telle cure:

 

1) Méthode
Dans aucun traité d’Ayurvéda une telle cure n’est écrite ni même un traitement équivalent en terme d’ingrédients ou préparation. Ce n’est pas un traitement ayurvédique. Donc difficile d’avoir un retour dessus à moins d’improviser.

Je me dis quand même qu’avec toute la connaissance et sagesse qu’avaient/ont les érudits de l’Ayurvéda, si quelque chose de similaire était bon pour le plus grand nombre et applicable, ils en aurait faire une formulation équivalente parmi les milliers qui ont été écrites et le sont encore, ou auraient mentionné quelque chose d’approchant, et nous n’aurions pas attendu Moritz et Clark dans les années 1900 pour avoir la lumière, d’autant plus avec un livre qui s’intitule “La cure de toutes les maladies”, ce qui est courageux, il faut oser. Attention je ne dis pas que l’Ayurvéda est complète en l’état et n’a rien à recevoir des découvertes modernes, de la médecine chinoise, de la naturopathie ou que sais-je, au contraire, mais je dis juste que la méthode de diagnostic et d’étude avant de prescrire quoi que ce soit doit toujours être la même : se demander à qui c’est applicable, quand, comment, combien, et tant de critères encore et qu’en soit rien n’est vraiment une panacée si on ne prend pas en compte cela. On ne peut pas se lever un matin en se disant tiens je vais faire la cure du foie ça a l’air bien. Et pourtant…

En Ayurvéda, il y a de multiples manières de flusher les toxines/ama et nettoyer le foie. Soit on peut nettoyer doucement, à la maison (par exemple quelques raisins secs trempés la veille pris chaque matin vont aider) ou avec l’aide de plantes ( ex: les graines de Chardon-Marie( Silybum marianum), ou la plante Picrorhiza Kurroa (Katuki en Sanskrit, Hu huang lian en Chinois) ou encore Boerhavia diffusa (Punarnava en Sanskrit), toutes trophorestaurateur hépatique – à aviser au cas par cas bien-sur) et préparas ou avec un suivi avec un thérapeute ( acupuncture, réfléxologue, etc.) dans une approche holistique.

Soit, le nettoyer de manière drastique, mais pas seul chez soi, sous guidance.
2) Complications

Pour parler de notre propre expérience, à nos yeux, cette procédure ne convient pas à 80% des gens.

Manan a vu beaucoup de personnes faisant cette cure (et je l’ai moi-même testée) car il suit nombre de patients avec désordres de foie de tout ordre (cirrhose, hépatites…-son guru était spécialiste dans le traitement des affections foie/rate – yakrit/pleha), qui venaient le voir après avoir essayé cela.

Un exemple : j’avais suivi un ami (à cette époque je n’étais pas encore dans l’Ayurvéda vraiment) venu avec un résultat de scanner montrant sa vésicule engorgée de « pierres » que les médecins voulaient opérer. À ma suggestion, il avait décidé de suivre la cure du foie en suivant assidûment toute la procédure et même utilisant une plante en complément du jus de pomme, celle-ci nommée Gold Coin Grass (Lysimachia, Jin Qian Cao) que je lui avais suggérée car largement utilisée en médecine chinoise et souvent associée à cette cure, que j’étudiais en autodidacte aussi à l’époque. Un mois après, il repasse un scan : aucun changement, pierres toujours là. Il fit la cure plusieurs fois, et ne se sentait pas beaucoup mieux, peut-être un peu, mais aucun résultat probant. Plus tard, Manan m’expliqua que lorsque les pierres sont grosses c’est d’autant plus dangereux car elles sont parfois expulsées du foie pour se coincer dans les conduits biliaires ; cela se nomme cholado-cholithiasis pouvant entrainer cholangitis (inflammation) ou le syndrome de Mirizzi (complication dans laquelle une lithiase biliaire est affectée dans le canal cystique ou le col de la vésicule biliaire entraînant une compression du canal cholédoque (CBD) ou du canal hépatique commun, entraînant une obstruction, extrêmement douloureux.)

On pourrait suggérer cette cure à quelqu’un qui a des pierres petites… mais comment voir la taille des pierres ? Seul un scan/analyses ou bien par la lecture du pouls peut le révéler mais faut être un expert pointu.
3) Retours scientifiques

Ce qui m’amène à mon autre point, où sont les documentations ?

À part des photos de gens prenant et triant leurs selles presque en compétition les mesurant à l’échelle de…coquillettes contre ce qui pourrait être presque tout et n’importe quoi, ou des témoignages relatifs et un vague sentiment de bien-être ( et je me demande le rôle de l’esprit/placebo là-dedans) ….aucune mesure, ni avant après, analyses sanguines, analyse des “pierres” afin de confirmer ou non si cela en est ou n’est qu’un substrat de l’huile d’olive non metabolisée, aucun résultats de radios ( bon, on peut en trouver -sur internet- mais cela me semble peu fiable, sans sources claires médicales) ou ce que vous voulez même si l’allopathie est relativement aveugle c’est important d’avoir une démarche « scientifique » et non « prophétique » comme c’est souvent le cas avec de telles cures.
Demandez à Google « cure du foie » et une des premières choses que vous allez trouver est :

« L’incroyable nettoyage du foie et de la vésicule biliaire par A. Moritz »

Dès que ça commence par « incroyable », si vous avez vu ma dernière vidéo, vous savez ce que j’en pense : prudence !
4) Diète associée

Dans tous les cas, avant/après la cure il faudrait suivre une diète légère. Après l’élimination des Doṣa par n’importe quelle mesure purgative, pour améliorer la digestion et l’assimilation et aussi pour regagner la force et la vitalité, Paścāta Karma est indiqué. Dans Paścāta Karma, les étapes d’un régime et d’un exercice progressifs ont été mentionnées. Ce processus est connu comme Saṁsarjana Krama : par exemple le soir ou lendemain du traitement purgatif ( Śodhana ) par ex. Vamana, ou Virecana etc. Yavāgu devrait être donné : céréales cuites avec des herbes médicinales, résultant en porridge ou gruau. Et progressivement les jours suivant on continue avec diète liquide, légère, soupes, etc. C’est aussi important de nettoyer que de restaurer, et parfois la restauration prend des jours voire des semaines. Tout comme les effets secondaires parfois mettent des semaines avant de se manifester.
5) Étapes/récurrences

En Ayurvéda, on considère que 99% des maladies une fois prises dans le corps (outre l’aspect spirituel/émotionnel préalable), commencent par le système digestif. Le rôle du foie est crucial en tant qu’émonctoire et pour toutes les fonctions qu’il assure c’est certain. Il faut en prendre grand soin et un nettoyage régulier ou ponctuel est judicieux. Mais c’est une procédure complexe, qui doit être faite sous observation, pas seul chez soi car il suffit d’une petite erreur pour avoir des conséquences, et on ne sait jamais ce qui peut se passer. Même en faisant un Panchakarma, nous n’arrivons pas toujours à nettoyer complètement le foie, malgré tous les traitements à disposition, et malgré des jours que la personne passe aux toilettes, tant il y a de toxines accumulées. Donc à mon sens, cette cure semble très superficielle si toutefois elle aidait, ou en tout cas à refaire plusieurs fois. À noter que le foie anatomiquement est divisé en plusieurs lobes ou segments chacun liés à des conduits/portails biliaires, et donc que le nettoyage se fait en plusieurs fois, plusieurs étapes. Rarement ou par miracle, on règle tout en une fois ( j’aimerais bien…).
6) Parasites ( Krimi )

 

On espère faire sortir les « toxines » par le tractus intestinal mais là encore, souvent, ça ne fait que les remettre en circulation, et souvent il y a des parasites et vers intestinaux qui sont associés et finissent par terminer dans le colon ou les intestins bien que le sel puisse aussi les tuer car il est anthelminthique, mais il faut s’en assurer. Souvent, cette cure est prescrite avec un traitement ou teinture-mère de wormwood, noyer noir, absinthe parfois, clou de girofle, etc., mais c’est assez caustique quand même, il faudra faire attention aux dosages, et au cycle de reproduction/de la ponte/d’activité, etc. qui n’est quasiment jamais pris en compte. Cette cure est aussi souvent prescrite avec de l’hydrothérapie du colon ou lavements au café entre autre, qui est assez une aberration en Ayurvéda.
Il y aurait milles considérations encore (notamment la nécessité de ne pas perturber le Vata, de ne pas déséquilibrer la digestion, …) mais j’espère que ces quelques points éclaireront.

Il est très bien que le monde s’intéresse à des alternatives à la chirurgie, ablations, et cherche des solutions aux maux auxquels nous faisons face. Mais cela ne doit pas ouvrir la porte à une automédication pseudo-savante ou pratiques anarchiques et désespérées. On a souvent des bonnes idées et des bonnes intentions, c’est souvent ce qui nous motive d’ailleurs mais ce qu’il est plus important de regarder toujours, c’est moins ce que ça peut apporter que ce que ça peut déséquilibrer en termes de complications ou effets secondaires. Et avec de telles procédures, il faut que ce soit bien justifié et bien encadré et suivi.

De plus, il convient aussi de s’attarder sur la cause et non le symptôme: Pourquoi le foie est il affligé? Pourquoi des calculs se forment-ils? Soigner la cause racine plutôt que masquer le symptôme pour un temps est plus intéressant. Cela s’accompagne d’une demarche de santé holistique, d’une certaine hygiène de vie.

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